Trou du Scribe Lymphatique

Mercredi 22 mars 2006 3 22 /03 /2006 09:46

Les cloches du village sonnent à tout rompre portées par un vent fou qui est venu hanter mes rêves toute la nuit, soufflant des lubies pleines de courant d'air jusque dans mes cauchemars de somnambule... Je me suis retrouvée dans le garage, à poil, en train de farfouiller nerveusement dans mon coffre de voyages!

Le cirque d'Iseye resplendi sous le soleil de mars et l'air pur de ma vallée adorée remplit mes poumons au point de me griser comme chaque matin. Et comme chaque matin je remercie la bienveillante Providence qui m'a donnée de vivre dans mon chalet des anaques, au milieu de cette Vallée d'Aspe que j'ai toujours tant aimée, ma Vallée si ce n'est plus sauvage mais du moins "préservée" dit-on, du moins pas encore autant profanée que d'autres non loin d'ici.

Après avoir rendu grâce au Ciel pour tant de bonheur, et admiré les rayons du soleil filtrant par dessus les sommets, je cherche des yeux mon cher compagnon, Sieur Moumoute le Bienheureux. Il a entendu le bruit des volets contre le mur et il arrive au petit du trot du pré du Canaque, au-dessus du mien. Il fourre sa frimousse d'âne contre mon ventre et attend sa ration de caresses et compliments comme tous les matins. Cet âne est avide de tendresse et de baisers, je l'ai habitué tout petit il faut dire, je n'arrêtais pas de le cajôler, dele tripoter, de l'admirer aussi et il a pris un peu la grosse tête. Il déteste que mes invités ne soient pas à ses petits soins et dans ce cas, il les ignore superbement et ne daigne plus les approcher même contre une part de tarte aux framboises, son dessert favori pourtant, et Dieu sait qu'il est gourmand, mais sa dignité reste plus importante que son ventre. Mon âne a son amour-propre!

C'est un mâle et il a son petit caractère. Têtu comme une mule ça va de soi, et rancunier comme je l'ai déjà sous-entendu, orgueilleux comme un paon, malin comme un singe, il a cependant un coeur d'or et un regard moëlleux qui me fait craquer, je ne peux rien lui refuser. C'est le seul mâle que je tolère dans mon périmètre immédiat à ce jour à vrai dire!

La Mite. 12 Mars 2004.

 

Par La Teigne et La Mite - Publié dans : Trou du Scribe Lymphatique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 23 mars 2006 4 23 /03 /2006 13:51

"They'll need to have sex - and they'll do anything to have it"                                                                               ("Ils ont besoin de sexe - et ils sont prêts à tout pour en avoir")

J'ai traversé toute la nuit une forêt inconnue... une ombre me suivait, tapie dans l'obscurité. Quand je me retournais, je distinguais furtivement l'éclat sauvage des yeux d'un loup. Il ne me faisait pas peur, il ne semblait pas en chasse, il semblait me suivre mais en réalité c'est lui qui m'incitait à prendre tel chemin détourné. La nuit s'est faite encore plus sombre, j'ai voulu le toucher mais il s'est dissipé dans les ténébres et j'ai senti la peau d'un homme sous ma caresse.

Cuirasse si douce et si impénétrable à la fois, chair d'homme, coeur tendre, obstiné, enchâssé dans une gangue rigide et inaltérable, tétanisé dans un dernier battement trop douloureux... Et je n'y peux rien.

Il s'approche lentement. Je ne peux pas m'enfuir. Je ne veux pas. Son regard est noir, aussi sombre que les ombres desquelles il est sorti, qui nous encerclent silencieusement. Aucune angoisse. Je suis insensible à la peur, trop fascinée par le danger et l'étrange vulnérabilité qui se dégage de lui. Ses yeux seuls, son regard, tout est silence et tout me parle sans qu'il n'ait besoin de dire un seul mot. Seul son regard provoquant. Qui annihile ma conscience, tout contrôle de mes pensées, car si mon raisonnement était clair...

 La Mite (louve à la pleine lune)

Par La Teigne et La Mite - Publié dans : Trou du Scribe Lymphatique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 25 mars 2006 6 25 /03 /2006 20:00

L'écriture complexée.

"Tu avais raison : ma vie est beaucoup trop simple. J'ai envie de terriblement la compliquer!" Harrison Ford, dans le rôle de Queen "6 jours, 7 nuits"

     J'ai toujours senti que l'écriture se dérobait devant moi un peu comme un mirage d'incertitudes sèches et stériles. Je titubais dans ma vie, ou j'avançais follement dès qu'un sentier s'avérait prometteur  ou simplement parce qu'il était pittoresque, même si je n'avais pas la moindre idée de l'endroit où il me mènerait. Le chemin m'intéresse depuis toujours plus que la destination. Et la route est toujours plus fascinante pour moi quand je ne sais pas où je vais... Chaque fois que je me suis laissée guider par cette voix intérieure qui me parle de plus en plus souvent, j'ai fait beaucoup de chemin, je me suis retrouvée à des lieuex de là où je pensais atterrir.
"Une voix?", insinuerez-vous peut-être avec ironie.

"Tu entends des voix comme la Pucelle d'Orléans, ma pauvre fille, tu es bonne pour l'asile!"

D'abord pucelle je ne le suis plus, depuis belle lurtette, Dieu m'en garde! Et, oui, des hallucinations j'en ai, plein, le crâne rempli, ça déborde de toutes parts, le coeur, la tête, les entrailles, tout en moi s'impatiente en tous sens comme un torrent tumultueux dont le lit n'est jamais assez haut pour contenir les débordements. Pourtant si certains me voient comme une excitée de premier ordre, d'aucuns me regardent comme une eau tranquille qui ne fait pas de vagues. C'est que je ne coule pas toujours pareil, parfois je serpente paresseusement, je stagne langoureusement, ou un peu glauque je m'étire et je deviens vase, vaguement visqueuse, ou bien je me précipite comme si ma vie en dépendait et j'écume tous les lits que je rencontre au gré de mes méandres.

Mais stop : n'allez pas me prendre pour ce que je ne suis pas! Ca reste une simple métaphore sans conséquences...

D'ailleurs, regardez où je vous ai emmenés en quelques lignes, bien loin de là où je me proposais initialement. Je voulais me plonger dans les barrages de mon écriture, et me voilà batifolant dans des cascades de mots et de cascades en cascades, vous allez dire que je suis dispersée.

Et le pire, c'est que vous auriez bien raison!

C'est la magie blanche et noire de ma vie.
Etre dispersée, c'est souvent être curieux de tout et de tous, vouloir aller partout à la fois, connaître tout le monde. Du coup, on sait un peu de tout et beaucoup de rien sur tout, on se balade dans plein de pays sans avoir fait le tour complet d'un seul et on connaît pas mal de gens mais personne intimement.

Heureusement, je suis une dispersée chronique qui se soigne, consciente de mon état avancé, je reste relativement vigilante, surtout par rapport aux autres, les relations intimes sont pour moi le sel dans l'océan, la touche indispensable, impalpable, elle est partout. En évitant le syndrôme Mer Morte...

Mes amitiés sont ce que j'ai de plus précieux, et ça a toujours été comme ça, même bien avant que je ne me rende compte que les hommes passent, les copines restent. Enfin, elles restent les copines, oui et non, pas toutes disons!

Au fil de la vie, certaines amitiés s'essoufflent sur la longueur alors que d'autres plus ténues parfois au départ s'étoffent étrangement au gré du temps. D'autres se dénouent brusquement mais bien des années plus tard, le fil que l'on croyait cassé se détend soudainement et on s'aperçoit qu'il n'était qu'enterré, pour de bonnes raisons souvent, ces mêmes bonnes raisons qu'on jugeait mauvaises autrefois, mais qui ont sauvé l'amitié de l'érosion du temps, des accidents de parcours, des changements de direction opposés.

cf suite nouvel article

 

 

Par La Teigne et La Mite - Publié dans : Trou du Scribe Lymphatique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 27 mars 2006 1 27 /03 /2006 17:27

J'ai tellement à dire. Quand je pense qu'avant de prendre mon stylo tout à l'heure, je me sentais vide, pleine d'idées mais d'idées évanescente, sans ossature, sans tripes, de vieilles carcasses, et que je n'arrivai pas à accoucher... Et me voilà me déversant sans retenue emportée une phrase après l'autre, comme un robinet qui fuit!

C'est tout moi ça : ou je ne dis rien ou je parle sans plus pouvoir m'arrêter, je bloque pendant des mois et tout d'un coup, je m'y mets, à demi résignée au vide angoissant de la page blanche (d'autant plus angoissant que la page est noircie entièrement mais reste vide, de sens).

Je dois avoir un complexe par rapport à l'écriture, pas un complexe d'infériorité, de supériorité! ou rien de tout ça, mais plutôt un "quelque chose de complexe", un gros noeud quoi! Mon syndrôme d'écriture est une corde à noeuds, enfermée à double tour dans une cave pleine de portes. Il faut aller fouiller profond pour trouver un peu de lumière! Parfois une porte s'ouvre en grinçant sur ses vieux gonds rouillés et j'entrevois un monde fascinant, une saga fantastique se déroule devant mes yeux encore tout embués de l'obscurité habituelle, des êtres aux allures de fantôme se colorent d'encre et deviennent des personnages hauts en couleur, des situations biscornues s'imbriquent miraculeusement les unes aux autres comme des cubes d'un jeu d'enfant...

Tout est naturel, évident.
Mais la critique, ah la critique, critique infernale qui me voue aux enfers de la page non écrite (pire que la page blanche...), elle n'est jamais loin, elle me guette et si elle se terre piteusement, c'est qu'elle attend son heure pour mordre et quand elle tient sa proie bien serrée entre ses crocs acérés (elle a la dent dure!), elle ne la lâche plus telle un pitbull affamé. Et le pourrissement commence, ou bien la désintégration totale, c'est selon.
Je m'exalte, je gonfle ... puis je retombe comme un vieux soufflet asthmatique qu'on n'a pas aspiré au moment opportun quand il était gonflé à bloc.
Et je me transforme en petit tas informe, pfff, le souffle de l'inspiration est passé, comme un petit vent frais venu  d'on ne sait, il tombe allez savoir pourquoi...

La Mite.

Par La Teigne et La Mite - Publié dans : Trou du Scribe Lymphatique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 28 mars 2006 2 28 /03 /2006 13:54

Il m'envahit.

Tout mon corps frissonne et s'exalte. J'ai envie, je désire, j'espère, je rêve et j'imagine. C'est l'appel de l'interdit, de l'inimaginable. Non, de l'inexprimable. "La vie inexprimable" de René Char, le poète sublime. J'aspire à l'inexprimable. Et cela m'a toujours retenue d'écrire car comment exprimer l'inexprimable? Les sentiments.

Les émotions, passe encore, j'y consens!

Mais l'inexprimable? N'y a t'il pas là un incroyable orgueil? ... Oh oui, mais orgueil inouï, exaltant. Il a cet orgueil immense, le courage d'affronter ce défi sans pareil de tenter l'inexprimable, lui qui ne veut que la perfection peut commencer quelque chose qui par son essence même n'est pas intrinsèquement parfait, par sa forme même ne le sera jamais... Mais il donne une forme, une substance à ce qui était informe, inconsistant car virtuel.

Cet orgueil est mêlé en lui à une confiance absolue en son talent, ou tout au moins à son désir passionné d'écrire, quoi qu'il lui en coûte car il sacrifie d'emblée tout ce qui n'est pas l'écriture. Il immole toutes ses autres légitimes aspirations afin de lui complaire par avance, elle est son amante préférée, sa favorite, celle à laquelle il dédie la plupart de ses nuits et tous ses désirs les plus entiers.

C'est ce qui me fascine en lui et je veux confondre ma chair à la sienne, mêler mon souffle au sien, puiser à la source de son fanatisme.

Cette colère qui s'emparait de moi. J'avais besoin, un besoin viscéral de sa reconnaissance et il me la donnait tout en me la refusant car il ne recherchait pas ma présence à tout prix, car il voulait des preuves et je ne voulais pas avoir à lui en donner. Lui ne voulait pas avoir de comptes à me rendre.

La Mite. 1996.

Par La Teigne et La Mite - Publié dans : Trou du Scribe Lymphatique
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Présentation

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

Concours

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus